Librairie Auguste Blaizot

Librairie Auguste Blaizot

[BAUDELAIRE (Clarles)] Dédicaces sur les éditions originales des "Fleurs du Mal". Par Julien Bogousslavsky et Jean Goujon .

Julien Bogousslavsky et Jean-Paul Goujon

 

 

 

Les exemplaires avec envoi de l'édition originale des Fleurs du Mal

 

 

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Tiré à part de la revue Histoires littéraires n° 64, 2015.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

Il y a peu fut proposé de gré à gré un exemplaire des Fleurs du Mal pour deux millions cinq cent mille euros. Un des rares sur hollande, en demi-maroquin de l'époque, avec un envoi sobre mais important, l'exemplaire était certes superbe... mais en tenant compte d'un prix de deux cent mille euros, déjà confortable pour un exemplaire semblable sans envoi, notre calculette estima alors chacune des lettres tracées par la plume magique à 164.286 euros. Les exemplaires avec envoi des Fleurs du Mal sont-ils devenus le nec plus ultra de la bibliophilie francophone... ou peut-être de certains investisseurs ?

 

En 1857, Baudelaire avait 36 ans quand parut chez Poulet-Malassis et de Broise l'édition originale des Fleurs du Mal, qui réunissait cent une pièces, dont certaines dataient de plusieurs années (1). «Ce livre, dont le titre : Fleurs du Mal, -dit tout»(2), comprenait 256 pages (3) sous couverture jaune paille. Il fut imprimé sur vélin d'Angoulême officiellement à 1100 exemplaires (4) (vendus trois francs), plus une vingtaine d'exemplaires sur hollande (marqués six francs) (5), fut mis en vente le 21 juin. Plusieurs fautes dans le texte et la pagination furent imprimées, dont une seule («s'enhardissent» pour «s'enhardissant» page 12) fut corrigée en cours de tirage, permettant de définir deux émissions du tirage de l'édition originale. Quatre émissions de la couverture sont identifiées (6), mais dans les exemplaires reliés à l'époque, les couvertures n'étaient pas conservées. L'année suivante, des exemplaires furent brochés à partir de feuilles qu'avait conservées Poulet-Malassis, avec les pièces condamnées, et un nouveau feuillet de titre et une couverture à la date de 1858. Aucun de ces exemplaires ne fut apparemment enrichi d'un envoi du poète.

 

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1. 18 poèmes avaient paru en pré-originale dans La Revue des Deux Mondes en 1855, mais plusieurs avaient été écrits bien auparavant. Sur les cent une pièces, 52 étaient complètement inédites.

2. Lettre de Baudelaire à sa mère du 9 juillet 1857 (Charles Baudelaire, Correspondance, volume I, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard 1993, page 410).

3. Faux titre, titre (imprimé en noir et rouge), 248 pages y compris le feuillet de dédicace à Théophile Gautier, deux feuillets non paginés de table des matières, aucun feuillet blanc.

4. 1100 exemplaires annoncés lors du dépôt légal le 12 juin 1857, mais avec en sus environ 200 exemplaires «de passe» et pour l'auteur (Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, édition critique, annotée par Jacques Crépet, Georges Blin et Claude Pichois, José Corti 1968, pages 541-542).

5. Claude Pichois, Jean-Paul Avice, Dictionnaire Baudelaire, Du Lérot 2002 page 190. Reprenant une note de Claude Pichois (Correspondance I, cit. page 935), qui signalait que ce «hollande» était en fait un simple papier vergé, Pascal de Sadeleer précise que le papier «hollande» est en fait un vergé D&C Blauw - écu couronné -(voir : Bibliothèque Littéraire Raoul Simonson /Albert et Monique Kies première partie, Sotheby's Paris 19 juin 2013 n°72).

6. Robert Desprechins, «Récapitulation de mes Commentaires sur l'Édition Originale des Fleurs du Mal», Le Livre et l'Estampe, n°51-52, 1967, pages 204-207 ; Baudelaire, Les Fleurs du Mal, édition critique, cit. pages 545-547.

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En revanche, Baudelaire distribua plusieurs exemplaires du tirage de 1857 avec une dédicace manuscrite, soit pour tenter d'influencer le procès intenté pour immoralité, puis la saisie des exemplaires - Poulet-Malassis parla sans détour de «moyen de corruption» (1) -, ou susciter des articles (Fould, Mérimée, Madame Sabatier, Piétri, Sainte-Beuve, Dumesnil, Chasles, Saint-Félix, Texier, de Molènes, About), soit pour des raisons commerciales (Lévy, Pincebourde, Bourdilliat), soit comme remerciement (Thierry, Dulamon, Chaix d'Est-Ange, de Watteville), soit finalement par «affinité élective» (2), où figuraient à côté de sa mère, de Gautier, de Marie Daubrun, d'Asselineau, de Nadar, d'Asselineau ou de Saint-Victor un certain nombre d'amis ou relations littéraires et artistiques plus ou moins proches (Delacroix, Dumas, Daumier, Leconte de Lisle, Flaubert, Hugo, Banville, Deschamps, Boyer, Champfleury, de Custine, Ancelle etc.). Il est clair que sans le procès qui aboutit à la mutilation d'environ 400 exemplaires expurgés des six pièces condamnées, le panorama des dédicaces aurait été diamétralement modifié, et un bon nombre des envois connus à ce jour n'existerait pas... Le scandale fut profitable à la vente, et sur le catalogue d'éditeurs à la fin du volume d'Aurélien Scholl La Foire aux Artistes, que Poulet-Malassis publia en août 1858, on annonçait Les Fleurs du Mal comme «épuisé». Bien plus tard. Baudelaire lui-même écrivait, dans une lettre du 9 août 1865 à Julien Lemer : «Depuis deux ans on les [Les Fleurs du Mal] demande partout, et dans les ventes, elles se vendent même assez cher» (3).

 

 

Les envois de Baudelaire

 

Nous avons pu identifier (4) 53 exemplaires de l'édition originale des Fleurs du Mal avec envoi documenté (5) (mais dont le libellé n'est pas connu pour dix exemplaires et où au moins un exemplaire a été détruit), dont la liste figure ci- dessous. En outre, il existe un certain nombre de destinataires ayant vraisemblablement reçu un exemplaire avec ou sans envoi, mais sans que l'exemplaire nous soit connu. Tous les exemplaires avec envoi sont complets des six pièces condamnées. Les dédicaces sont à l'encre noire, hormis quelques-unes au crayon noir : celle à l'avocat Chaix d'Est-Ange et les quelques dédicaces postérieures, effectuées à l'époque de l'édition de 1861.

 

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1. Lettre à Charles Monselet figurant dans l'exemplaire de Monselet des Fleurs du Mal (Catalogue Raisonné, Détaillé et Anecdotique d'une Jolie Collection de Livres Rares et Curieux, dont la plus grande partie provient de la bibliothèque d'un homme de lettre bien connu [Monselet], Pincebourde 1871, vente à la Maison Sylvestre / Delbergue-Cormont 30 novembre-2 décembre 1871 n°150).

2. Maurice Chalvet, «Les Exemplaires sur Hollande de l'Originale des Fleurs du Mal», Le Livre et l'Estampe, n°23,1960, pages 201-216. Repris et enrichi dans Le Bulletin du Bibliophile 1975, n°III pages 245-265.

3. Charles Baudelaire, Correspondance, volume II, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard 1993, page 523.

4. Nous avons étudié le maximum de catalogues de ventes aux enchères et de libraires parus depuis le XIXe siècle, les compilations annuelles des ventes, la correspondance écrite et reçue par Baudelaire, les ouvrages et articles consacrés à Baudelaire et aux Fleurs du Mal, notamment les notes d'édition et les travaux de Claude Pichois, et les bulletins de bibliophiles. Nous avons aussi eu accès, grâce à Emmanuelle Toulet et Juliette Jestaz, que nous remercions infiniment, aux cartons de Claude Pichois déposés à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris. Nous remercions aussi Jean-Claude Vrain, Claude Blaizot, Thierry Bodin, Jacques Poirier, et Benoît Puttemans pour leur aide.

5. Les destinataires ne sont pas nommés dans deux des envois (Madame Sabatier et Jules de Saint-Félix).

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Pour les détails concernant les destinataires, notamment leur relation avec Baudelaire, nous renvoyons au Dictionnaire Baudelaire de Pichois et Avice, dans lequel manquent cependant plusieurs d'entre eux (le baron Oscar de Watteville, fonctionnaire au ministère de l'Intérieur, le colonel du Picq, militaire-écrivain, Pierre Marie Piétri, préfet de police, Edmond About, journaliste, Achille Bourdilliat, imprimeur-libraire-éditeur, Jules de Saint-Félix, fonctionnaire et homme de lettres, Jacques Léman, écrivain et traducteur, Gustave Ricard, peintre, Adolphe Le Maréchal, juriste et historien, Hippolyte Castille, homme de lettres, Emile Deschamps, poète, Auguste Veyne, médecin, et Gaston de Saint-Valry, journaliste). Pour les corrections et ajouts manuscrits de Baudelaire, que nous n'avons pas abordés, nous renvoyons au travail de Pichois et Dupont (1). Les destinataires des exemplaires identifiés avec envoi sont :

 

Seul destinataire de deux exemplaires avec envoi (un sur hollande, un sur vélin)

 

1 et 2. Paul de Saint-Victor (homme de lettres, principal critique dramatique du temps, ami de Baudelaire). Il est le seul récipiendaire de deux exemplaires dédicacés (2), qui portent le même envoi : «A Paul de Saint-Victor / témoignage d'amitié», le premier, du tirage sur vélin, étant signé «Charles Baudelaire» (Bibliothèque d'un Amateur Balzacien [Henri Dirkx], Drouot / Ader-Picard-Tajan 21-22 octobre 1981 n°162 ; Edouard Loewy catalogue n°154 1968-1969 n° 51 ; Louis de Sadeleer ; Jean-Claude Vrain, Biennale des Antiquaires, Grand Palais 2014) et l'autre, du tirage sur hollande, «Ch. Baudelaire». Seul le premier est en reliure d'époque (demi-maroquin vert, tranches dorées). Cette reliure est quasiment la même que celle de demi-maroquin rouge qui ornait initialement l'exemplaire sur hollande (Catalogue des Bons Livres Anciens et Modernes et Collections Nombreuses d'Epreuves Photographiques Composant la Bibliothèque de feu Paul de Saint-Victor, Ch. Porquet 1882 n°471). Cependant, hélas brisée par Noilly dans les années 1880, celle-ci fut remplacée par une autre signée Marius Michel (Bibliothèque Romantique de M. J. Noilly, 15-20 mars 1886 n°508 ; Librairie Damascène Morgand, bulletin numéro 25, juin 1889, n°16.838), forme sous laquelle l'exemplaire figure maintenant à la Bibliothèque Littéraire Jacques-Doucet.

 

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1. Claude Pichois et Jacques Dupont, L'Atelier de Baudelaire : Les Fleurs du Mal, tome I, Honoré Champion 2005.

2. Chaix d'Est-Ange en eut deux, mais un seul avec envoi.

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Destinataires des exemplaires sur hollande

 

3. Charles Asselineau (homme de lettres, ami de Baudelaire). «A mon très cher Ch. Asselineau / Ch. Baudelaire.» (Catalogue de la Bibliothèque Romantique et des Livres Modernes d'Histoire et de Littérature de feu M. Charles Asselineau, Drouot / Boulland 1-3 décembre 1874 n°68 ; collection américaine, signalé par Chalvet (1)), reliure postérieure (Marius Michel), la reliure originale effectuée par Lortic pour Asselineau ayant été brisée.

 

4. Caroline Aupick. «A ma mère / Charles.» (Librairie G. Vincent, Le Havre ; Fernand Vandérem (2) ; ancienne collection Jacques Guérin) (exemplaire que Baudelaire avait d'abord gardé pour lui, celui destiné à sa mère ayant été offert à Achille Fould après qu'elle en avait décliné le don), reliure demi maroquin bleu de l'époque, tête dorée (Lortic). Cet exemplaire est le seul en reliure d'époque à avoir gardé ses couvertures, probablement parce qu'il était au départ l'exemplaire personnel de Baudelaire, qui a voulu le conserver complet tel que paru, contrairement à la tradition de l'époque. Cependant, l'envoi n'est pas contemporain de l'édition, puisqu'il date du jour de Noël 1857, plus de six mois après la parution (3).

 

5. Théodore de Banville (poète, amant de Marie Daubrun). «A Théodore de, Banville, / Ch. Baudelaire.» (Vente Banville, Drouot / Laurin-Guilloux-Buffetaud-Tailleur, 18 décembre 1985, n°5 ; Bibliothèque du Colonel Daniel Sickles II, Drouot / Laurin-Guilloux-Buffetaud-Tailleur 28-29 novembre 1989 n°276), reliure demi-maroquin orange légèrement postérieure (reliure identique à celle de l'édition de 1861), tête dorée (Guérin) (5) .

 

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1. Chalvet 1975, cit. pages 249-250. Dans son article de 1960, Chalvet notait que l'exemplaire était perdu, mais il fut retrouvé chez un amateur américain la même année.

2. Fernand Vandérem, la Bibliophilie Nouvelle 1927-1932, Giraud-Badin 1933 pages 21-27.

3. Lettre à sa mère du 25 décembre 1857 (Correspondance I, cit. pages 455-457).

4. Banville reçut aussi un exemplaire avec envoi de l'édition de 1861 (voir Bibliothèque du Colonel Daniel Sickles, II, Drouot / Laurin-Guilloux-Buffetaud-Tailleur 28-29 novembre 1989 n°276-277). L'envoi de 1857 «à Théodore de Banville» deviendra en 1861 : «à mon vieil ami Théodore de Banville».

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6. Eugène Delacroix (peintre). «A Eugène Delacroix / témoignage d'une éternelle admiration, / Ch. Baudelaire.» ([Bibliothèque Jacques Guérin] Très Beaux Livres du XlXe Siècle, Drouot / Picard-Ader-Tajan 20 avril 1985 n°18 ; The Jaime Ortiz-Patino Collection of Important Books and Manuscripts, Part II, Sotheby's Londres 2 décembre 1998 n°30 ; 100 Livres, Documents et Objets Littéraires de la Collection Pierre Leroy, Sotheby's Paris 27 juin 2007 n°14), reliure demi-maroquin orangé de l'époque, tête dorée (Allô).

 

 

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7. Alexandre Dumas (homme de lettres). «A Alexandre Dumas / à l'immortel auteur d'Antony, / témoignage d'admiration / et de dévouement, / Ch. Baudelaire.» (Bibliothèque André Lefèvre I, Drouot / Ader-Ribault Ménetière 8 décembre 1964 n° 78 ; Bibliothèque du Colonel Daniel Sickles I, Drouot / Laurin-Guilloux-Buffetaud-Tailleur 20-21 avril 1989 n°21), broché.

 

8. Achille Fould (ministre d'Etat et de la Maison de l'Empereur). «A Monsieur Achille Fould, / témoignage de reconnaissance, / Charles Baudelaire.», avec sur la page de garde la liste des pièces condamnées (Bibliothèque Léon Schück, Drouot / Dubreuil-Desvouges 8-12 juin 1931 n°113 ; Pierre Berès catalogue 42 [fin années 1940] n°33 ; Splendeurs de la Littérature Française du Roman de la Rose au Bestiaire d'Apollinaire, succession du marquis Emmanuel du Bourg de Bozas, Drouot / Laurin-Guilloux-Buffetaud-Tailleur 27-28 juin 1990 n°152), reliure postérieure (Marins Michel), la reliure originale effectuée par Lortic à la demande de Baudelaire ayant été brisée.

 

 

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9. Théophile Gautier (homme de lettres, dédicataire de l'ouvrage). «Mon bien cher Théophile, la dédicace / imprimée à la première page n'est / qu'une ombre très-faible de l'amitié / et de l'admiration véritable que / j'ai toujours éprouvées pour toi. Tu le sais. / Ch. Baudelaire.» (Catalogue des Livres composant la Bibliothèque de feu M. Théophile Gautier, Drouot / Escribe et Labitte 24-25 février 1873 n°160 ; [Bibliothèque Jules Le Petit] Catalogue de Livres Modernes, Drouot / Dubourg 10-15 décembre 1917 n°341 ; Bibliothèque de M. Louis Barthou, Galerie Charpentier / Albinet-Ader 25-27 mars 1935 n°128), reliure postérieure (Canape).

 

10. Michel Lévy (éditeur, qui avait publié le Salon de 1846 et publiera les Œuvres Complètes). «A Michel Lévy, / témoignage d'amitié, / Ch. Baudelaire.» (Vente anonyme de la librairie Mounastre-Picamilh, Bordeaux, 19 avril 1951 n°130bis ; Bibliothèque Robert von Hirsch, Drouot / Ader-Picard-Tajan 12-13 juin 1978 n°51 ; Bibliothèque d'un Amateur Balzacien [Henri Dirkx], Drouot / Ader-Picard-Tajan 21-22 octobre 1981 n°161 ; Bibliothèque du Colonel Daniel Sickles IV, Drouot / Laurin-Guilloux-Buffetaud-Tailleur 9-10 novembre 1990 n°1025), reliure postérieure, vers 1880.

 

 


 

 

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11. Prosper Mérimée (homme de lettres, académicien, proche de Napoléon III). Cet exemplaire est attesté par la note de Baudelaire dans le carnet d'Asselineau (1) , mais il a été détruit avec la bibliothèque, selon toute vraisemblance, durant l'incendie de la maison de Mérimée, rue de Lille, en 1870.

 

12. René Pincebourde (premier commis chez Poulet-Malassis). «A M. René Pincebourde / témoignage d'amitié, / Ch. Baudelaire.» (Bibliothèque Nationale de France, réserve / Fonds Smith-Lesouëf n°7443), reliure postérieure (Victor Champs)(2).

 

13. Apollonie Sabatier (3) (amie de nombreux écrivains, une des inspiratrices de Baudelaire). «A Ta Très Belle, à la très bonne, à la Très Chère / ......... / Que ce soit dans la Nuit et dans la Solitude / Que ce soit dans la Rue et dans la multitude / Son fantôme dans l'air danse

 

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1. Ce carnet a figuré à la vente de la Bibliothèque du colonel Daniel Sickles, 7e partie, 15 mars 1991 n°2697. La note de Baudelaire avait été reproduite dans l'article de Chalvet.

2. Roger Pierrot, «Les Fleurs du Mal avec Envoi à Pincebourde», Revue d'Histoire Littéraire de la France, octobre-décembre 1957 (Baudelaire et les Fleurs du Mal) pages 578-580.

3. Joséphine Aglaé Savatier, dite Apollonie Sabatier.

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comme un Flambeau / ....... / Tout mon Etre obéit à ce vivant Flambeau !» reprenant par là quatre lignes de vers tirés des poèmes Que Diras-tu ce Soir... et Le Flambeau Vivant, et signé « C. B. » (1) (Edmond Richard, proche d'un neveu de Madame Sabatier ; Fernand Vanderem(2) ; décrit dans l'article de Maurice Chalvet(3), à qui il a appartenu(4)), reliure demi-maroquin vert de l'époque, tête dorée (Lortic).

 

14. Edouard Thierry (bibliothécaire à l'Arsenal, critique, auteur du premier article favorable au livre). «A Edouard Thierry, / amitié reconnaissante, / Ch. Baudelaire. / 14 Juillet / 1857» (Bibliothèque de Mme*** [Veuve Louis Loviot-Delzant], Livres Modernes, Drouot / Desvouges 8-10 mai 1922 n°60 ; Librairie Ronald Davis, catalogue n° 36 1932 n°56 ; Bibliothèque Paul Voûte, Galerie Charpentier / Ader 9-11 mars 1938 n°216; [Bibliothèque François Coty] Drouot 26 février 1975 n°99 ; Louis de Sadeleer ; Jean Bonna), reliure demi-chagrin noir de l'époque.

 

 
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1. Parmi les trois femmes qui inspirèrent les grands cycles de poèmes des Fleurs du Mal, Madame Sabatier (de son vrai nom Aglaé Savatier) est la seule à avoir reçu un exemplaire sur hollande de l'édition originale. Aucun exemplaire avec envoi à Jeanne Duval n'est connu, alors que Marie Daubrun reçut deux exemplaires, un de l'édition originale et un de celle de 1861.

2. Vanderem, cit.

3. Chalvet signale que les exemplaires de Madame Aupick et de Madame Sabatier faisaient l'orgueil de la bibliothèque Vandérem, mais qu'à la suite d'un don, ni l'un, ni l'autre ne figurèrent dans sa vente (Drouot / Giard-Ader 14-16 juin 1939 et 4-6 mars 1940). Avant l'étude de Chalvet, Vandérem avait recensé 18 exemplaires sur hollande, mais dont trois étaient erronés.

4. Jacques Suffel, Souvenir de Chalvet, Bulletin du Bibliophile 1985 (numéro 3) pages 336-339.

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Destinataires des exemplaires sur vélin

 

15. Edmond About (critique et journaliste). «A M. Edmond About / hommage de l'auteur, / Ch. Baudelaire.» (Bibliothèque Ludovic Halévy ; Drouot / PIASA 6 mars 2012 n°127), reliure demi-cuir de Russie rouge de l'époque.

 

16. Narcisse Ancelle (notaire, conseil judiciaire de Baudelaire). «A M. Ancelle, / témoignage d'amitié, / Ch. Baudelaire.» (Drouot / Gros-Delettrez 1 décembre 2009 n°80 et 2 avril 2010 n°29), reliure demi-basane vert foncé de l'époque.

 

17. Joseph Boulmier (professeur de collège, correcteur d'imprimerie, poète). «A M. Joseph Boulmier, / hommage fraternel, / Ch. Baudelaire.(1)» (Drouot / Couturier, 2 mars 1935 n° 3; Librairie A. Blaizot et fils catalogue mars-avril 1937 n° 2853, où figurait en outre avec l'exemplaire un dessin de Manet assorti au poème Femmes Damnées, séparé depuis; Christie's Paris 23 juin 2006 n°146), reliure postérieure (Kieffer).

 

 

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1. Cet envoi pose quelque problème, non seulement de par la formule inhabituelle chez Baudelaire d'«hommage fraternel», mais du fait que Boulmier, bien qu'imprimé comme lui par Poulet-Malassis, fut un des premiers à dénigrer Les Fleurs du Mal, évoquant avant même la mise en vente, dans un discours le 19 juin 1857, qu'on allait voir la poésie moderne «incessamment (...) s'accroupir sur le fumier de ses rimes immondes, étaler à tous regards ses plaies hideuses, et réunir dans une espèce de bouquet fétide ce qu'elle n'a pas honte d'appeler les Fleurs du Mal», avant de conclure : «Ah ! Messieurs, ne cueillons que les Fleurs du bien !» (voir James K. Wallace, «Joseph Boulmier : Ami ou Ennemi de Baudelaire ?», études Baudelairiennes III, hommage à W. T. Bandy, La Baconnière 1973, pages 77-79).

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18. Achille Bourdilliat (libraire à l'enseigne de la Librairie Nouvelle, éditeur, imprimeur, notamment des neuf premières livraisons de la Revue Fantaisiste). «A M. Bourdilliat, / témoignage d'amitié, /C. B.», avec au-dessous la liste des pièces condamnées : «pièces supprimées par jugement / du 20 août 1857 / les Bijoux / le Léthé / à celle qui est trop gaie / Lesbos / Femmes damnées (à la pâle clarté) / les Métamorphoses du vampire.» L'envoi est au crayon, alors que les autres envois sur l'édition de 1857 sont classiquement à l'encre. En fait, cet envoi est largement postérieur à l'édition originale, datant de fin 1860-début 1861. Il est semblable à d'autres envois parfois avec la liste des pièces condamnées sur des exemplaires de l'édition de 1861, pour lesquels la plupart des envois étaient au crayon ; ceci est confirmé par une lettre du 9 janvier 1861 accompagnant l'exemplaire, dans laquelle Baudelaire lui demande d'accepter cette «rareté» (1) ([Jacques Guérin] Très Beaux Livres du XIXe et XXe Siècles, Drouot / Ader-Picard-Tajan 4 juin 1986 n°10 ; Jean Bonna), reliure demi-maroquin olive de l'époque (Lortic).

 

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1. Charles Baudelaire, Correspondance, volume II, cit. pages 120-121.

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19. Philoxène Boyer (orateur et poète). «A mon ami Philoxène Boyer, / Ch. Baudelaire.» (Evariste Michel (ex-libris) ; Bibliothèque Pierre Guerquin, Livres Anciens, Romantiques et Modernes, Drouot 24-26 novembre 1959 n°194 ; Marc Loliée catalogue 94 [décembre 1960] n°28), reliure demi-chagrin vert de l'époque.

 

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20. Félix Bracquemond (peintre et graveur). «A M. Bracquemond, / témoignage d'amitié, / C. B.» (1) . L'envoi, au crayon, date du début 1861(2), et est suivi de cette note : «La deuxième édition, "complètement remaniée", contient plus de 35 poëmes nouveaux. Cette première édition n'a donc pas d'autres mérites que de contenir 6 poëmes condamnés par jugement du 20 août [sic] 1857, à savoir [suit la liste des six pièces]». Cet exemplaire relié à l'époque par Lortic en demi-maroquin appartenait à Baudelaire. Celui-ci l'offrit en 1861 à Bracquemond, lequel avait accepté de se déplacer à l'Hôtel de Dieppe où logeait le poète, qui devait poser pour son portrait. Le graveur travaillait en effet au portrait-frontispice pour l'édition de 1861(3). L'exemplaire comporte une cinquantaine de notes et apostilles autographes de la main de Baudelaire, aussi au crayon. Il a appartenu à Maurice Chalvet(4), mais non localisé actuellement, cet exemplaire aurait été dérobé il y a quelque temps à un libraire parisien.

 

21. Hippolyte Castille (ami de jeunesse de Baudelaire, publiciste et homme de lettres). «A mon ami Hippolyte Castille / Ch. Baudelaire». (Bibliothèque du Docteur Lucien-Graux, première partie, Drouot, 13-14 décembre 1956 n°33 ; cité par Pichois et Dupont(5)), reliure postérieure (Pierre Legrain).


 

 

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1. Les Fleurs du Mal, édition critique, cit. page 551.

2. «L'Exemplaire des Fleurs du Mal Dédicacé à Félix Bracquemond», Mercure de France, 1 juillet 1952.

3. Chalvet 1975, cit. page 263 et Claude Pichois, in : Charles Baudelaire, Œuvres Complètes, volume I, texte établi, présenté et annoté par Claude Pichois, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1987, page 810. Bracquemond avait déjà réalisé une image allégorique (squelette-arbre derrière des fleurs), que Baudelaire refusa, la dénommant «l'horreur de Bracquemond». Poulet-Malassis s'acharnera à obtenir la gravure pour une édition ultérieure, mais cette histoire de squelette-arbre deviendra la risée de quelques-uns, comme Champfleury, qui répondait à Bracquemond en mars 1862 : «Avez-vous pensé à un squelette bossu ? (...) Un squelette qui chierait au coin d'un bois serait peut-être d'un goût nouveau (...) quelques Fleurs du Mal qui piqueraient les fesses du pauvre squelette, en train d'obéir aux lois de la nature» (Claude Pichois et Jean Ziegler, Baudelaire, Fayard, 2005, page 534).

4. Suffel, cit.

5. Pichois et Dupont, cit. page 46.

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22. Gustave Chaix d'Est-Ange (avocat). «A M. Chaix d'Est Ange, / Ch. Baudelaire.» (1) (Bibliothèque d'un Bibliophile, L. Danel, Lille 1885 n°892; Splendeurs de la Littérature Française du Roman de la Rose au Bestiaire d'Apollinaire, succession du marquis Emmanuel du Bourg de Bozas, Drouot / Laurin-Guilloux-Buffetaud-Tailleur 27-28 juin 1990 n°149 ; Sotheby's Londres 27 juin 1996 n°299), reliure postérieure (Cuzin).

 

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23. Philarète Chasles (critique, conservateur à la Bibliothèque Mazarine, professeur au Collège de France). «A Philarète Chasles, / témoignage d'amitié et de dévouement / Ch. Baudelaire.» (Bibliothèque Sacha Guitry, Drouot / Ader-Picard Tajan 25 mars 1976 n°113 ; Splendeurs de la Littérature Française du Roman de la Rose au Bestiaire d'Apollinaire, succession du marquis Emmanuel du Bourg de Bozas, Drouot / Laurin-Guilloux-Buffetaud-Tailleur 27-28 juin 1990 n°150; Drouot / Beaussant-Lefevre 20 décembre 2007 n°29; Jean-Claude Vrain catalogue 2008 n°31), reliure postérieure (Victor Champs).

 

 

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1. Gustave Chaix d'Est-Ange, le faiblard avocat de Baudelaire au procès des Fleurs du Mal, reçut un second exemplaire, celui-ci sans envoi manuscrit mais avec une liste des poèmes condamnés, que Baudelaire fit relier en plein maroquin vert par Lortic avec en lettres frappées or sur le premier plat la mention : «A / Gustave Chaix d'Est Ange / Défenseur / des / Fleurs du Mal. / C. B.» (Succession du marquis Emmanuel du Bourg de Bozas, Splendeurs de la Littérature Française du Roman de la Rose au Bestiaire d'Apollinaire, Drouot / Laurin-Guilloux-Buffetaud-Tailleur 17-18 juin 1990 n°154).

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24. Marie Daubrun (1) (actrice, inspiratrice de nombreux poèmes). «A ma chère Marie, / C. B.» (Librairie Ronald Davis, catalogue n° 43 1938 n°8), reliure demi-maroquin rouge de l'époque, tranches peignées (2).

 

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25. Frédéric Dulamon (journaliste, auteur d'un des articles repris par Baudelaire dans les Articles Justificatifs pour Charles Baudelaire, Auteur des Fleurs du Mal). «A mon ami Dulamon / Ch. Baudelaire.» (C. Coulet et A. Faure catalogues décembre 1952 et printemps 1956 n°10 ; Drouot 23

 

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1. Née Marie Mardel, puis légitimée en Marie Bruneau par le mariage de ses parents.

2. Elle reçut aussi un exemplaire de l'édition de 1861 (voir Pichois et Avice, cit. page 144) avec l'envoi : «à Marie Daubrun / témoignage de vieille affection» (reproduit dans : From Stendhal to René Char, le Cabinet des Livres de Renaud Gillet, Sotheby's Londres 27 octobre 1999 n°5 page 16).

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novembre 1954 n°13; cité dans Pichois et Avice (1)), reliure postérieure (Ch. de Copinet) (2).

 

26. Armand Dumesnil [du Mesnil] (fonctionnaire au ministère de l'Instruction publique, futur directeur de l'Enseignement supérieur, critique et dramaturge). «A Armand Dumesnil, / témoignage d'amitié, / Ch. Baudelaire.» (Drouot 20 novembre 1946 n°295 ; Edouard Loewy catalogue 145, 1960, n°250 ; Marc Loliée catalogue 93 [début années 1960] n°11 ; The Library of an English Bibliophile, part V, Sotheby's London 24 novembre 2015 n°5), reliure demi-chagrin vert de l'époque.

 

27. George Fowler (journaliste anglais et libraire au Palais-Royal). «A monsieur Fowler, / témoignage d'amitié, / Ch. Baudelaire.» (Edouard Loewy catalogues n°129, 1954 n° 45 et n°132, 1955 n°36 ; The Maurice F. Neville Collection of Modem Literature, part I, Sotheby's New York 13 avril 2004 n°6), reliure postérieure. Le 24 avril 1857, dans une lettre à la direction des Postes, Baudelaire se plaignait du fait qu'un livre qu'il avait envoyé à George Fowler ne lui était pas parvenu, et demandait de faire des recherches, probablement Les Nouvelles Histoires Extraordinaires, ouvrage qui parut peu avant Les Fleurs du Mal (3).

 

28. Guillaume Guizot (homme de lettres, professeur au Collège de France). «A M. Guillaume [Guizot] [nom gratté] / témoignage d'amitié, / Ch. Baudelaire.» (Catalogue de Livres Modernes, Éditions Originales et Livres Illustrés, et de quelques Livres Anciens provenant de la Bibliothèque de. M. ]. L. P. Jules Le Petit], Librairie Henri Leclerc, Drouot / Lair-Dubreuil 14-18 janvier 1919 n°183; Bibliothèque Sacha Guitry, Drouot / Ader-Picard Tajan 25 mars 1976 n°112), reliure postérieure (Amand).

 

29. Victor Hugo (homme de lettres). «A M. Victor Hugo / C. B.» (4) (exemplaire mentionné par Pichois et Avice (5), qui précisent que contrairement à une fausse information, il n'est pas à la Bibliothèque Littéraire Jacques Doucet mais a seulement été vu par Yves-Gérard Le Dantec chez un libraire(6)).

 

30. Charles-Marie Leconte de Lisle (poète). «A mon ami Leconte de Lisle, / Ch. Baudelaire.» (Succession de M. Jean Pozzi, Drouot / Rheims-Laurin 19-20 novembre 1970 n°156 ; Le Cabinet de Pierre Berès, Drouot / Pierre Bergé 20 juin 2006 n°98), reliure demi-chagrin rouge de l'époque(7)

 

 

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1. Pichois et Avice, cit. page 166.

2. Dulamon reçut aussi un exemplaire avec envoi («à F. Dulamon, /Témoignage d'amitié, / C. B.») de l'édition de 1861 (Edouard Loewy catalogue n°152,1966, n°729).

3. Raymond P. Poggenburg, «Une Extraordinaire Histoire : Baudelaire, Fowler et Poe», Bulletin Baudelairien, tome 34 n°1 -2, décembre 1999, pages 57- 61.

4. Hugo reçut aussi un exemplaire avec envoi de l'édition de 1861. Cet envoi est reproduit dans l'Album Baudelaire de la Pléiade (par Claude Pichois, NRF1974) page 211 : «A V[le reste du nom a été gratté, le prénom restant lisible], / Témoignage d'admiration, / de Sympathie et de Dévouement / C. B.».

5. Pichois et Avice, cit. page 228. Hugo répondra le 30 août à cet envoi : «Vos Fleurs du Mal éblouissent comme des étoiles».

6. Yves-Gérard Le Dantec, «Baudelaire», in : Cahiers Jacques Doucet I, 1934, page 29.

7. Il reçut aussi un exemplaire de l'édition de 1861 avec envoi (voir Succession de M. Jean Pozzi, Drouot / Rheims-Laurin 19-20 novembre 1970 n°156-157). L'envoi restera le même qu'en 1857.

 

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31. Jacques Léman (homme de lettres, traducteur édité par Poulet-Malassis). «A M. Jacques Léman, / Hommage de l'auteur, / Ch. Baudelaire.» (Librairie Gallimard, catalogue n°30 Editions Originales [vers 1960] n°51), reliure demi-maroquin rouge de l'époque, tranches dorées.

 

32. Adolphe Le Maréchal (juriste, historien). «A mon ami M. Lemaréchal [sic] / Ch. Baudelaire.» (Paul Gallimard ; Musée Rodin depuis 1931 ; cité par Pichois (1)). En 1887-1888, cet exemplaire fut orné par Auguste Rodin pour Paul Gallimard, par l'intermédiaire de Frantz Jourdain (27 dessins sur les pages du livre, plus cinq lavis sur papier japon (2)). Reliure postérieure (Marius Michel).

 

 

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1. Correspondance II, cit. page 1014.

2. Une édition en fac-similé fut effectuée en 1918 par la Société des Amis du Livre Moderne, dont Paul Gallimard était président.

 

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33. Nadar [Félix Tournachon] (photographe). «A mon ami Nadar / Ch. Baudelaire» (Harry B. Smith, A Sentimental Library, Privately printed, 1914, p. 278 ; Collection Carlton Lake, présenté à l'exposition Charles Baudelaire pour le centenaire des Fleurs du Mal à la Bibliothèque Nationale, Paris 1957 n°270 ; Harry Ransom Humanities Research Center, The University of Texas at Austin), reliure postérieure (Charles Meunier).

 

34. Ardant du Picq (colonel et homme de lettres). «A mon ami Ardant du Picq, / Ch. Baudelaire.» (Catalogue H. Matarasso, décembre 1947, Beaux Livres Romantiques et Modernes n°248), reliure demi-veau havane de l'époque.

 

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35. Pierre Marie Piétri (préfet de police de Paris). «A Monsieur Piétri / hommage de l'auteur, / Charles Baudelaire.» (Pierre Berès catalogue 56 n°86 ; C. Coulet et A. Faure catalogue 119 [septembre 1971] n°574 ; Drouot / Gros-Delettrez 2 avril 2010 n°29 ; Jean-Claude Vrain, Salon international du livre ancien, Grand Palais 26-29 avril 2012 n°85), reliure postérieure (Pierre-Lucien Martin).

 

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36. Auguste Préault (sculpteur, élève de David d'Angers, graveur). « À mon ami Auguste Préault, / Ch. Baudelaire. » {Collection d'un Bibliophile du Pays de Savoye, Qrouot / Giard 5 décembre 1925 n° 13 ; Editions Originales et Autographes de Charles Baudelaire, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Maggs Bros. Paris 1937 n° 11 ; Bibliothèque Christian Lazard, Livres et Autographes, Drouot / Ader-Picard-Ader 19 mai 1967 n° 85; Drouot / Berge 12-13 mai 2004 n° 427) reliure postérieure, demi-chagrin grenat avec les couvertures conservées.

 

37. Charles Augustin Sainte-Beuve (critique, homme de lettres). «A Sainte-Beuve, / amitié filiale, / Ch. Baudelaire.» (Bibliothèque de M. Louis Barthou, Galerie Charpentier / Albinet-Ader 25-27 mars 1935 n°127; [Bibliothèque Jarry] Editions Originales d'Auteurs Anciens, Romantiques et Modernes, Drouot / Ader 21-22 mars 1939 n°68 ; Collection J. D., Manuscrits et Livres Précieux du Quinzième au Vingtième Siècles [Jean Davray], Palais Galliéra / Rheims-Laurin 6-7 décembre 1961 n°128 ; Bibliothèque du Colonel Daniel Sickles l, Drouot / Laurin-Guilloux-Buffetaud-Tailleur 20-21 avril 1989 n°23 ; Louis de Sadeleer ; La Bibliothèque de Pierre Bergé, première vente, Pierre Bergé-Sotheby's / Drouot 11 décembre 2015 n86), reliure postérieure (Marius Michel).

 

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38. Jules de Saint-Félix (chef de bureau au service de l'Imprimerie et de la Librairie au ministère de l'Intérieur, poète et romancier). «Au père de Rosalinde et de Jacqueline / j'offre les œuvres de Morella / et de Ligeia ; en attendant je le prie / d'être indulgent pour le dictionnaire / de mauvaises pensées. / Charles Baudelaire.» (cet envoi est postérieur à l'édition originale et date probablement de 1859-1860, Mademoiselle Rosalinde datant de 1858) (Réunion de Précieux Autographes et de quelques Livres Provenant de la Succession D... ou Appartenant à plusieurs Amateurs, Drouot / Collin 19 novembre 1942 n°107 ; Bibliothèque du Colonel Daniel Sickles VII, Drouot / Laurin-Guilloux-Buffetaud-Tailleur 15 mars 1991 n°2695), reliure demi-chagrin vert de l'époque.

 

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39. Gustave Ricard (peintre). «A Gustave Ricard, /mille amitiés, / Ch. Baudelaire.» (Pierre Berès catalogue 38 1946 n°18), reliure postérieure (Huser).

 

40. Jules Henri Louis Tenré (banquier, de Tenré fils et Cie, ancien camarade de collège). «A M. Tenré fils / Souvenir de bonne Camaraderie, / Ch. Baudelaire.» (Sotheby's Londres 28-29 juin 1971 n°87), reliure postérieure (Marius Michel).

 

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41. Edmond Texier (journaliste, futur rédacteur en chef de L'Illustration). «A Edmond Texier / témoignage d'amitié, / Ch. Baudelaire.» (1) (Bibliothèque Henri Monod, Drouot 1-10 mars 1920 n°353; Bibliothèque de M. J. [Juan] H. ***[Hemandez], Drouot / Pognon 1-3 juin 1927; Princesse Fatemeh Pahlavi ; Dr Edward Neumann ; Venator & Hanstein, Cologne 30 septembre 2011 n°1014), reliure postérieure (Chambolle-Duru).

 

42. Auguste Veyne (médecin, ami de nombreux écrivains). «A mon ami Auguste Veyne / Ch. Baudelaire.» (Bibliothèque du Dr Armand Ripault, Première Partie, Livres Rares et Précieux dans tous les Genres, Drouot / Lair Dubreuil 24-26 janvier 1924 n°198), reliure veau fauve de l'époque (Belz-Niedrée).

 

43. Oscar de Watteville (2) (baron, inspecteur des établissements de bienfaisance au ministère de l'Intérieur, par lequel Baudelaire fut informé que la saisie des exemplaires n'avait pas encore eu lieu). «A M. Oscar Watteville [sic], / témoignage d'amitié, / Ch. Baudelaire.» (Pierre Berès catalogue 61 [années 1960] n°60), reliure demi-maroquin noir de l'époque (tête et tranche mouchetées).

 

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1. Texier reçut aussi un exemplaire de l'édition de 1861 avec l'envoi : «A Edmond Texier. / C. B. / Les morceaux inédits sont / marqués au crayon à / la table des matières», chaque poème inédit portant au crayon la mention «nouveau» dans la table des matières (Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Maggs Bros. Paris 1937 n°24).

2. Dans son article de 1960, Chalvet décrivait à tort l'exemplaire de Watteville comme un tirage sur hollande, avec le prénom erroné de Louis au lieu d'Oscar. Ce sera corrigé dans l'article de 1975. Selon Crépet, Blin et Pichois (Les Fleurs du Mal, édition critique, cit. page 545), il serait possible que le frère (Louis) et le père (Adolphe) d'Oscar aient aussi reçu un exemplaire. Il n'en existe cependant aucune trace et cela nous paraît improbable.

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Destinataires d'exemplaires sur vélin où nous n'avons pas retrouvé le libellé de l'envoi

 

44. Champfleury [Jules François Félix Husson-Fleury] (homme de lettres). L'envoi n'est pas retranscrit dans la vente Champfleury, dont le catalogue signale seulement : «envoi d'auteur» (Catalogue de Livres Rares et Curieux Composant la Bibliothèque Champfleury, Léon Sapin Libraire 1890, Drouot / Tual 15 décembre 1890 n°687), cartonnage. L'exemplaire était signalé à tort par Vandérem comme étant sur hollande (1) . Nous n'avons pas de détail sur l'envoi et la reliure.

 

45. Adolphe de Custine (marquis, homme de lettres). Comme pour Flaubert, c'est par sa réponse à Baudelaire, dans une lettre du 16 août 1857, qu'on sait qu'un exemplaire lui fut offert. Pichois et Avice signalent que cet exemplaire n'a pas été retrouvé (2).

 

46. Honoré Daumier (peintre et graveur). (Catalogue des Livres Anciens et Modernes Composant la Bibliothèque de feu M. L.-N. Meilleur, Collection de Lettres Autographes Drouot / Delestre 6 mai 1878 n°53 «ex-dono autographe signé à Daumier», exemplaire broché). La localisation actuelle de cet exemplaire est inconnue.

 

47. Emile Deschamps (poète). Le 14 juillet 1857, Deschamps accusait réception d'un exemplaire : «Et voilà que je dois à votre sympathique souvenir ces Fleurs du Mal, dont je pensais déjà tant de bien, sur échantillon». Nous n'avons pas localisé l'exemplaire.

 

48. Gustave Flaubert (homme de lettres). (Librairie Damascène Morgand, bulletin n°48, novembre 1899 n°36878, où le livre est décrit broché avec «envoi autographe de l'auteur à Gustave Flaubert»). Dans sa première lettre connue à Baudelaire, datée du 13 juillet 1857, Flaubert remercie celui-ci pour l'envoi d'un exemplaire des «Fleurs du Mal» : «J'ai d'abord dévoré votre volume d'un bout à l'autre comme une cuisinière fait d'un feuilleton, et maintenant, depuis huit jours, je le relis, vers à vers, mot à mot (...) Vous avez trouvé le moyen de rajeunir le romantisme». Nous n'avons pas la localisation actuelle de cet exemplaire (3).

 

49. Alcide-Pierre Grandguillot (rédacteur en chef du Constitutionnel et du Pays). Baudelaire lui a adressé un exemplaire, qu'il avait fait relier par Lortic (4).

 

 

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1. Fernand Vandérem, La Bibliophilie Nouvelle 1927-1932, Giraud-Badin 1933, pages 291-292. L'exemplaire appartenait à Arthur Symons et apparut dans le commerce à son décès en 1945 (Chalvet 1975, cit. page 246). A la vente Champfleury, l'exemplaire fut adjugé 65 francs.

2. Pichois et Avice, cit. page 139.

3. Notons qu'il existe un exemplaire avec envoi à Baudelaire (orthographié « Beaudelaire » de «Madame Bovary», publié la même année et aussi sujet à un procès, mais où Flaubert fut acquitté.

4. Claude Pichois, in : Charles Baudelaire, Œuvres Complètes, volume I, texte établi, présenté et annoté par Claude Pichois, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1987, page 1561.

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L'envoi (postérieur) est attesté par Chalvet (1), mais nous n'avons pas localisé l'exemplaire. Comme ceux à Bourdilliat et Bracquemond, cet envoi est ultérieur à 1857, ici probablement au printemps 1860. Grandguillot, qui ne figurait pas sur le service de presse de 1857, figura sur celui de 1861 (voir la lettre du 17 janvier 1861 à Poulet-Malassis (2)). Mais auparavant, Baudelaire lui offrit un exemplaire relié par Lortic qu'il avait conservé, probablement pour compenser le fait qu'il ne pouvait pas lui donner un exemplaire de tête des Paradis Artificiels au printemps 1860 : En effet, dans sa lettre à Poulet-Malassis du 18 mai 1860, Baudelaire écrivait : «Et moi qui attendais cela, au moins pour Grandguillot ('chose grave') (...) Je me résigne au malheur de Saint-Victor, de Gaiffe, et de Du Camp. Mais Janin, et surtout Grandguillot !».

 

50. Hippolyte Marin (avoué qui contribua à la mise en place du conseil judiciaire, ami d'Ancelle). (Cité par Pichois et Dupont (4)). Nous n'avons pas localisé l'exemplaire.

 

51. Paul de Molènes (militaire et homme de lettres). Comme pour Flaubert et Custine, on connaît une lettre de Molènes remerciant Baudelaire pour son envoi d'un exemplaire (sans date, probablement août 1857 (5) ). Nous n'avons pas localisé l'exemplaire.

 

52. Louis Ulbach (journaliste et homme de lettres). (Catalogue des Livres Anciens et Modernes ayant fait partie de la Bibliothèque de feu M. Louis Ulbach, Durel 1889, n°35, «envoi autographe de l'auteur à M. L. Ulbach»). Reliure postérieure (Simier).

 

53. Gaston de Saint-Valry (journaliste et re-fondateur du Journal d'Alençon avec Poulet-Malassis). Yves-Gérard Le Dantec a vu cet exemplaire chez un collectionneur qui ne lui a pas permis de reproduire l'envoi (6). Baudelaire à la suite du vers 32 des Bijoux avait écrit une strophe autographe dans laquelle il exprimait «le vœu que le sujet même passât au second plan et qu'on ne vît dans la pièce qu'une intention plastique». Cet exemplaire ne semble pas être réapparu depuis.

 

 

Le tirage sur hollande

 

Hormis l'exemplaire Banville, ces exemplaires ont été étudiés en détail par Maurice Chalvet en 1960 puis 1975. Ils furent brochés avec le premier état de la couverture, mais indiquant le prix de 6 francs au lieu de 5 francs.

 

 

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1. Chalvet 1975, cit. page 263, qui signale que le volume comprenait comme celui de Bourdilliat une liste manuscrite des pièces condamnées. Le volume faisait partie d'un ensemble de trois exemplaires de l'édition de 1857 que Chalvet déposa chez un ami avant sa mort, avec les exemplaires Sabatier et Bracquemond (Suffel, cit.).

2. Correspondance II, cit. page 125.

3. Cit. page 47.

4. Pichois et Dupont, cit. page 46.

5. Lettres à Charles Baudelaire, publiées par Claude Pichois avec la collaboration de Vincenette Pichois, La Baconnière 1973, pages 273-274.

6. Charles Baudelaire, Œuvres Complètes, tome II, Gallimard 1932, page 373, et Pichois dans Œuvres
Compl
ètes I,1987, cit. page 1133.

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Malgré leur rareté, ils ne sont pas forcément les plus intéressants au plan des destinataires. L'exemplaire sur hollande avec envoi à Prosper Mérimée ayant apparemment disparu à jamais avec les autres livres de Mérimée lors d'un incendie, sur un total de 23 exemplaires sur hollande recensés (?) (1), il en resterait donc douze avec envoi (voir ci-dessus) et dix sans envoi (2). Cependant, plusieurs des exemplaires sans envoi de la liste Chalvet ont pu être comptés en double (n°17 et 19 à 22). De plus, dans son propre exemplaire sur hollande, Poulet-Malassis, éditeur de l'ouvrage, avait écrit que vingt exemplaires sur «vergé» avaient été tirés, et ce chiffre reste donc peut-être exact (3). S'il est certain qu'il y eut treize exemplaires avec envoi, dont un a disparu, il est bien possible qu'il n'y en ait que sept sans envoi. Sur la note déjà citée de Baudelaire dans un carnet d'Asselineau, reproduite dans l'article de Chalvet, Baudelaire a noté : «5 exempl. sur papier fort donnés à Alexandre Dumas, Eugène Delacroix, Prosper Mérimée», qui étaient chez Asselineau. Dans cette liste, Baudelaire a biffé le nom d'Emile Deschamps, qui ne reçut donc pas d'exemplaire sur hollande, malgré la superbe lettre sur les Fleurs qu'il adressa au poète le 14 juillet 1857, le jour même où parut l'article élogieux de Thierry. Dans sa note, Baudelaire a encore écrit : «Je ne me rappelle plus les noms des deux autres personnes». Cette dernière mention en dit long sur la présence de certains destinataires auxquels Baudelaire ne fit parvenir un exemplaire que dans l'idée d'influencer la presse et l'issue de son procès (il ne connaissait pas Mérimée, par exemple), alors qu'il retranchait Deschamps de sa liste...

 

En fait, même en relevant l'importance des exemplaires de Dumas, Gautier et Banville, l'intérêt littéraire des dédicaces des exemplaires sur hollande reste plutôt moyen à côté des exemplaires sur vélin avec envoi à des écrivains comme Hugo, Flaubert, Sainte-Beuve, Leconte de Lisle, Custine ou Champfleury. Et si les exemplaires sur hollande de Delacroix et Asselineau témoignent de l'admiration et de l'amitié, ceux à Pincebourde, Fould, Lévy, ou Thierry ont surtout l'intérêt d'avoir donné une modeste postérité à leurs dédicataires. Enfin, en considérant les trois femmes qui reçurent un exemplaire, l'envoi à Marie Daubrun sur un exemplaire sur vélin nous paraît plus spontané que, pour les exemplaires sur hollande, l'elliptique envoi différé à Madame Aupick ou l'envoi presque suborneur à Madame Sabatier, pour qu'elle s'entremette en faveur de l'auteur juste avant le procès.

 

 

Envois incertains dans le tirage sur vélin

 

Nous avons identifié ci-dessus 40 exemplaires du tirage sur vélin avec envoi certifié, mais parmi lesquels certains ne sont pas localisables. Pour les exemplaires du tirage sur vélin avec envoi seulement probable ou possible, il faut d'abord se référer à une lettre à l'éditeur Eugène de Broise le 13 juin 1857 (4) , dans laquelle Baudelaire dressait la liste d'un service de presse et d'autres destinataires.

 

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1. 22 par Chalvet 1975, cit., plus l'exemplaire Banville retrouvé par la suite.

2. Voir l'étude de Chalvet (1960 et 1975, cit.)

3. Chiffre repris par Poulet-Malassis dans une lettre à Asselineau le 14 juin 1857, ainsi que par Pincebourde, premier commis chez Poulet-Malassis, dans son exemplaire sur hollande.

4. Correspondance I, cit. page 406-408.

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Cette liste incluait notamment Gautier («le plus beau des exemplaires»), Sainte-Beuve, Thierry, Chasles, Leconte de Lisle, Asselineau, Fould et Hugo, dont les exemplaires avec envoi sont certifiés, mais on ne dispose pas de la preuve que les autres destinataires reçurent effectivement un exemplaire avec envoi. Ces destinataires potentiels, essentiellement issus de la presse et du pouvoir, incluaient pour les revues : Paul Dalloz, Jules Barbey d'Aurevilly, Armand de Pontmartin, Louis Veuillot, Paulin Limayrac, Louis Ratisbonne, Nicolas Sazonov, Jean Morel, François Buloz, Auguste Lacaussade. Parmi ceux-ci, hormis Pontmartin (1) , la preuve de la réception d'un exemplaire n'existe que pour Barbey d'Aurevilly, ami de Baudelaire, qui écrivit l'article qui sera publié par celui-ci dans la brochure des Articles Justificatifs pour Charles Baudelaire, Auteur des Fleurs du Mal (une dédicace est plus que probable, mais l'exemplaire n'a jamais été décrit (2)), et Louis Veuillot, auquel Baudelaire écrivait, entre le 15 et le 20 juin 1857 : «Il y a quelques jours je vous ai fait adresser Les Fleurs du Mal» (3) . On ignore cependant s'il y avait un envoi manuscrit. Pour les politiques, Baudelaire notait dans sa lettre à de Broise : Jules Pelletier, chef du cabinet du ministre d'État Fould (et ami de Gautier), le ministre de l'Instruction publique Gustave Rouland, son chef de cabinet (son fils, qui portait le même nom) et Henri de Larozerie au même ministère. Intéressant pour nous est l'ajout que Baudelaire fit, entre parenthèses : «(Il serait peut-être bon que les cinq exemplaires portassent une dédicace manuscrite avec ma signature. — Vous comprenez l'utilité de ces cadeaux)». Cette remarque suggère en effet que certains exemplaires de la liste envoyée à de Broise n'eurent pas un envoi manuscrit. Dans la même lettre, entre Gautier et Sainte-Beuve, Baudelaire nota encore le nom de Guillaume Guizot pour deux exemplaires, dont le premier est connu, le second étant probablement pour son père François Guizot. Baudelaire ajouta en outre pour l'Amérique, Nathaniel Parker Willis et Henry Wadsworth Longfellow, et pour l'Angleterre, Alfred Tennyson, Robert Browning et de Thomas de Quincey (4), à côté de Hugo alors en exil. La trace de ces exemplaires reste cependant inconnue.

 

Il est, à côté de cela, quelques exemplaires qui constituent une énigme quant au destinataire, certains pouvant se recouper avec les exemplaires identifiés :

 

- Exemplaire avec «envoi d'auteur signé», sans autre précision {Beaux et Bons Livres Anciens et Modernes Provenant de la Bibliothèque de M. Ernest Vaughan, première partie, Drouot /Delestre 4-5 mars 1898 n°49).

 

 

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1. Pontmartin, qui reçut visiblement un exemplaire, tut le seul de toute cette liste à publier dans la presse un article sur Les Fleurs du Mal, mais quel article ! Signé anonymement «Z. Z. Z.» dans le Journal de Bruxelles du 15 juillet 1857, il s'insurgeait vertement contre «cette littérature de charnier, d'abattoir et de mauvais lieu, ce règne des Truands de la littérature, [qui] doit donner à réfléchir (...) et ce qu'il y a de plus curieux, c'est que les Flaubert et les Baudelaire se fâchent quand on leur dit que c'est de la décadence. Ah ! Ils ont bien raison ; ce n'est pas de la décadence ; c'est de l'orgie». En 1860, dans la notice nécrologique de Thomas de Quincey ajoutée aux Paradis Artificiels, Baudelaire évoquera «les Pontmartin et autres sermonnaires de salons».

2. Comme ont bien voulu nous le confirmer Philippe Berthier, puis Joël Dumont (que nous remercions), aucun livre de Baudelaire avec envoi à Barbey d'Aurevilly ne semble avoir jamais été signalé, alors que deux ou trois livres de Barbey d'Aurevilly dédicacés à Baudelaire sont identifiés.

3. Correspondance I, cit. page 409.

4. Pichois doute que ces exemplaires «anglo-américains» aient été envoyés (Correspondance /, cit. page 933).

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Le nom de l'auteur est orthographié «Beaudelaire», et la reliure de Allô est un demi-maroquin rouge qui paraît semblable à l'exemplaire Delacroix, mais il ne semble pas s'agir d'un exemplaire sur hollande. En outre, l'exemplaire contient «deux portraits de l'auteur par Bracquemond et le portrait-charge de Théophile Gautier en bousingot», absents de l'exemplaire Delacroix, et suggérant que la reliure ne fut pas strictement d'époque (les portraits de Bracquemond sont plus tardifs).

 

- Exemplaire avec «envoi d'auteur signé», sans autre précision (Bulletin n°53 de la Librairie Damascène Morgand, mai 1903 n°43627), broché à l'époque.

 

- Exemplaire «enrichi d'un envoi autographe signé et d'une note autographe de Charles Baudelaire donnant la liste des pièces condamnées», demi-maroquin bleu, portrait de l'auteur par Bracquemond ajouté (Catalogue de Beaux Livres Anciens et Modernes Provenant de la Bibliothèque de feu M. Léon Tual, Drouot / Couturier 6-8 mars 1919 n°316).

 

- Exemplaire broché en partie non coupé, avec le nom du destinataire gommé dans l'envoi rédigé au crayon (Bibliothèque de M. H. M. P., Importante Collection d'Editions Originales, d'Auteurs Modernes, Livres Illustrés, Publications de la Société « Les XX», Drouot / Pognon 7-12 novembre 1927 n°176). Dans la liste des destinataires identifiés, seul Guillaume Guizot vit son nom effacé, et son exemplaire fut déjà relié à la fin du dix-neuvième siècle par Amand. Que l'envoi soit au crayon suggère qu'il est postérieur à l'édition, comme les exemplaires Bourdilliat, Grandguillot et Bracquemond.

 

- Dans son dossier sur les exemplaires des Fleurs du Mal déposé à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, Claude Pichois signale deux exemplaires avec envoi à André de Goy et à Th. Barrière annoncés dans le catalogue n°63 de la Librairie Coulet et Faure (respectivement n°34 et 35), en ajoutant : «Il n'est pas précisé si ce sont les Fleurs du Mal de 1857».

 

- Exemplaire en reliure anglaise de l'époque (demi-chagrin violet, coins, tranches mouchetées), bien complet des pièces condamnées, mais avec le faux-titre coupé, «qui sans doute portait une dédicace», dit le catalogue (Livres Anciens, Romantiques et Modernes, Importants Autographes ou Manuscrits, Drouot / Rheims, 25 et 26 mai 1964, n°72 ; on retrouve l'exemplaire dans le catalogue 155 de la librairie Edouard Loewy, 1971 n°38). Cet exemplaire porte, collée sur une garde blanche, une photographie originale de Juliette Drouet (en buste, âgée d'une cinquantaine d'années), et, en regard du titre, une lettre autographe signée de la même, datée du 2 mai 1868 (1).

 

 

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1. Nous remercions Jean-Marc Hovasse de nous avoir éclairé sur le destinataire, le photographe de Guernesey Arsène Garnier (qui semble inconnu des biographes de Baudelaire), qui avait photographié Hugo fin mars 1868 et avait envoyé un ensemble d'épreuves fin avril (le «paquet Garnier» dont Juliette Drouet parle dans une lettre à Hugo du 30 avril). Selon Pichois (Lettres à Baudelaire, cit. page 187), Juliette Drouet offrit cet exemplaire - le sien - à Garnier «pour le remercier de lui avoir appris, ainsi qu'à Hugo, l'art de la photographie». Ceci ne résout pas l'énigme du destinataire de l'envoi, s'il y en avait un, car il est peu vraisemblable que Juliette Drouet ait reçu un exemplaire dédicacé à elle-même. Aurait-elle inscrit un ex-dono, qui aurait ensuite été enlevé ?

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En sus des destinataires précités, on peut encore mentionner dans le monde de la presse Armand Sédixier et Henri Murger, qui demandèrent un exemplaire à Baudelaire - et le reçurent - pour en faire un compte rendu, respectivement dans le Rabelais et La Revue des Deux Mondes (1). Si l'article du Rabelais fut différé au surlendemain du procès par Alfred Delvau à la demande de Baudelaire, celui de La Revue des Deux Mondes ne vit pas le jour. L'exemplaire en question est vraisemblablement le même que celui indiqué pour Buloz, rédacteur en chef de la revue, dans la lettre à de Broise du 13 juin. Un exemplaire très particulier est celui de l'éditeur Poulet-Malassis (2): sans envoi, il fut constitué des épreuves corrigées et signées (Poulet-Malassis reçut - ou garda - en outre un exemplaire sur hollande, mais sans envoi).

 

Avec Nadar et Victor Hugo, Maxime Du Camp et le sculpteur Ernest Christophe seront, lors des rééditions, dédicataires de poèmes des Fleurs du Mal, et un exemplaire avec envoi de l'édition de 1857 aurait pu leur être adressé auparavant. Constantin Guys, le cinquième dédicataire (dans l'édition de 1861) de poèmes des Fleurs du Mal, ne rencontra Baudelaire qu'en 1859. Dans son exemplaire de l'édition de 1857 (Bibliothèque de M. Louis Barthou, Galerie Charpentier / Albinet-Ader 25-27 mars 1935 n°126) a été reliée la page de faux-titre de l'édition de 1861 avec l'envoi «A M. Constantin Guys / Témoignage d'amitié et d'admiration / C. B.». Un exemplaire aurait pu être adressé à Armand Fraisse et Emile Deschanel, ancien condisciple de Baudelaire au lycée Louis-le-Grand, qui, avec Edouard Thierry et Frédéric Dulamon, écrivirent les premiers articles publiés favorables à l'ouvrage (3). Ceux de Barbey d'Aurevilly et d'Asselineau ne purent paraître dans la presse avant le procès, mais Baudelaire les réunit pour ses juges avec ceux de Thierry et Dulamon dans la brochure des Articles Justificatifs pour Charles Baudelaire, Auteur des Fleurs du Mal, tirée à cent exemplaires. Sainte-Beuve, Mérimée, Chasles, Buloz et plusieurs autres destinataires bien placés dans la presse n'avaient quant à eux pas levé le petit doigt (4).

 

Baudelaire avait reçu six exemplaires sur hollande et avait demandé à Poulet-Malassis 25 exemplaires sur vélin «destinés à des amis qui ne rendent pas de services littéraires» (5) . On a là l'explication pourquoi les exemplaires sur vélin avec envoi sont globalement bien plus intéressants au plan littéraire que les exemplaires sur hollande, avant tout destinés à flatter ou remercier pour le procès. On aurait alors pu s'attendre à ce qu'un exemplaire avec envoi soit parvenu à des amis ou anciennes relations de Baudelaire comme Hippolyte Babou, qui en 1855 avait trouvé pour Baudelaire le titre des Fleurs du Mal pour un recueil que son auteur avait d'abord intitulé Les Lesbiennes

 

 

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1. Correspondance I, cit. page 933 et pages 414 et 933.

2. Livres provenant d'Auguste Poulet-Malassis, J. Baur, libraire, 1878, n°69 ; Bibliothèque M. Parran ; Drouot / Laurin-Guilloux-Buffetaud 17 juin 1998 n°48 (reliure de Marius Michel), acquis par la Bibliothèque Nationale de France.

3. Dans Le Moniteur Universel pour Thierry (14 juillet 1857), dans Le Présent pour Dulamon (23 juillet 1857), dans Le Salut Public de Lyon pour Fraisse (14 août puis 21 septembre 1857), et dans L'Indépendance Belge de Bruxelles pour Deschanel (20 août 1857).

4. Sainte-Beuve rédigea pour Baudelaire des «Petits moyens de défense tels que je les conçois» le 18 ou 19 août, mais ne publia rien, ce que lui reprochera vivement Hippolyte Babou.

5. Lettre du 13 juin 1857 à de Broise (Correspondance I, cit. page 408).

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puis Les Limbes, ou encore Gavarni, Arthur Ponroy, Gustave Le Vavasseur, Paul Chenavard, Eugène Fromentin, Ernest Reyer, Adolphe Gaiffe, Hippolyte Hostein, Jean Wallon, Pierre Dupont, ou peut-être même Jules Janin, voire Edmond Duranty, malgré ses commentaires ambivalents lors de la pré-originale de 1855, mais nous n'avons pas connaissance de ces exemplaires. En outre, sur la page déjà citée d'un carnet d'Asselineau reproduite dans l'article de Maurice Chalvet (1), Baudelaire a encore noté de sa main qu'il destinait des exemplaires «pour M.M. Lericq, Piétri, Abatucci, Billault, & C......», personnages officiels (2) dont Baudelaire pensait qu'ils auraient pu avoir une influence sur l'issue du procès. Si l'exemplaire Piétri est connu, nous n'avons pas de documentation permettant de savoir si les autres exemplaires furent effectivement offerts. Un exemplaire fut aussi promis plus tardivement en 1859 à Henri Blaze de Bury (3). Enfin, à l'occasion de sa candidature à l'Académie française, Baudelaire se lia avec Alfred de Vigny, auquel il écrivit mi-décembre 1861 (4): «Si je peux dénicher un exemplaire de la vieille édition des Fleurs, je vous l'enverrai». Il venait de lui offrir «le dernier exemplaire sur bon papier» de l'édition de 1861 (5). On ne sait si l'exemplaire de 1857 promis fut «déniché» et envoyé.

 

 

Reliures et envois d'époque

 

La plupart des exemplaires identifiés avec envoi ne sont pas en reliure d'époque. On constate néanmoins qu'à côté de reliures relativement récentes effectuées au XXe siècle, il existe un certain nombre d'exemplaires avec reliure postérieure à l'édition de quelques années à plusieurs décennies, mais encore réalisées au XIXe siècle, par Guérin (Banville), Marius Michel (Asselineau, Fould, Le Maréchal, Sainte-Beuve, Tenré), Canape (Gautier), Texier (Chambolle-Duru), Champs (Pincebourde, Chasles), Amand (Guizot), Copinet (Dulamon), Castille (Cuzin), ou non signées (Lévy, Fowler, Préault).

 

Parmi les reliures strictement contemporaines (quelques mois) de l'édition, celles effectuées par Pierre-Marcellin Lortic (6), relieur attitré de Baudelaire, sont à relever. L'exemplaire sur hollande de Charles Asselineau est le seul avec envoi à avoir été relié à l'époque en plein maroquin par Lortic, avant qu'hélas cette reliure soit brisée et remplacée quelques décennies plus tard par celle de Marius Michel qui recouvre encore l'exemplaire.

 

 

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1. Chalvet 1975, cit. page 248.

2. Jacques Pierre Abatucci était ministre de la Justice et Adolphe Billault ministre de l'Intérieur. Nous n'avons pas identifié Lericq dans les ministères de Napoléon III.

3. Pichois et Avice, cit. page 90, qui citent une lettre à Malassis, dans laquelle Baudelaire écrit qu'ainsi, Blaze de Bury se chargera de le réconcilier d'une brouille avec son beau-frère François Buloz, celui qui depuis 1831 dirigeait La Revue des Deux Mondes, où en 1855 Baudelaire publia 18 poèmes des Fleurs du Mal, mais où aucun article ne vint commenter la parution de l'édition originale.

4. Correspondance II, cit. pages 195-196.

5. Un des quatre exemplaires sur vélin fort imprimés pour l'auteur, avec celui de Paul de Saint-Victor, celui de Gustave Rouland, et un exemplaire sans dédicace que Baudelaire garda vraisemblablement pour lui. Il est piquant de rappeler que l'exemplaire de Vigny était utilisé comme palet par des enfants jouant à la marelle quand il fut découvert par Pierre Dufay (Les Fleurs du Mal, édition crilique, cit. page 556).

6. A ne pas confondre avec les reliures de ses successeurs «Lortic Frères».

 

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L'exemplaire relié en demi-maroquin par Lortic que Baudelaire avait réservé à sa mère, mais qu'il donna à Fould, subit le même sort. Selon Chalvet, un seul exemplaire - sans envoi, sur vélin - relié en plein maroquin d'époque par Lortic nous est parvenu : Il s'agit d'un des deux exemplaires de l'avocat de Baudelaire Gustave Chaix d'Est-Ange (celui sans envoi manuscrit mais avec une liste des poèmes condamnés et une dédicace frappée or au premier plat de la reliure, commandée par Baudelaire). En outre, au moins quatre exemplaires du tirage sur vélin qui nous sont parvenus furent reliés pour Baudelaire par Lortic en demi-maroquin : le propre exemplaire de Baudelaire, relié à son chiffre, offert à la Bibliothèque Mazarine par Madame Aupick après la mort du poète, et les exemplaires Bourdilliat, Bracquemond et Grandguillot, tous trois avec un envoi postérieur de plusieurs années, rédigé quand Baudelaire offrit ces exemplaires qu'il avait conservés. Quatre exemplaires sur hollande (exemplaires de Madame Aupick dont l'envoi est postérieur de six mois, de Madame Sabatier, Fould, et Poulet-Malassis, celui-ci sans envoi) furent aussi reliés par Lortic en demi-maroquin. Les deux exemplaires sur hollande que Baudelaire avait gardés pour lui furent reliés à sa demande par Lortic en demi-maroquin, comme celui de Madame Sabatier : celui destiné à sa mère, qu'elle refusa et qu'il donna au ministre d'État Achille Fould (la reliure fut brisée postérieurement), et le sien propre, qu'il donna finalement à sa mère six mois plus tard. L'exemplaire sur hollande, sans envoi, de Poulet-Malassis, fut relié par Lortic en demi-maroquin citron, mais cet exemplaire semble avoir disparu durant la Deuxième guerre mondiale selon Chalvet. Au total, au moins sept exemplaires reliés à l'époque par Lortic nous sont donc parvenus (l'exemplaire de Chaix d'Est-Ange, seul plein maroquin mais sans envoi, l'exemplaire de Baudelaire à la Bibliothèque Mazarine, et les exemplaires avec envoi à Bracquemond, Bourdilliat, Grandguillot, Madame Sabatier, et Madame Aupick, les deux derniers étant sur hollande). Cependant, un seul de ces sept exemplaires possède un envoi contemporain de l'édition : celui de Madame Sabatier.

 

Qu'il s'agisse du tirage sur vélin ou sur hollande, tous les exemplaires avec envoi décrits ou consultables sont reliés, sauf celui de Dumas, mais seuls 19 sont identifiés en reliure strictement de l'époque de la parution, «ayant échappé au travesti des reliures modernes», comme l'écrivait en 1960 Maurice Chalvet (1). Parmi ces 19 exemplaires, dix le furent en maroquin (tous en demi-maroquin) : Exemplaires sur hollande de Madame Aupick (dont l'envoi est postérieur de six mois à la parution), Madame Sabatier, et Delacroix, tous trois à tranches dorées, et exemplaires du tirage sur vélin de Saint-Victor, Marie Daubrun, Bracquemond, Bourdilliat, de Watteville, Grandguillot, et Léman. Les exemplaires Daubrun et de Watteville étaient à tranches peignées ou mouchetées, les autres à tranches dorées. On a vu que l'envoi manuscrit des exemplaires Bracquemond, Bourdilliat et Grandguillot était tardif, ces exemplaires ayant été offerts en 1860-1861. Ne sont donc connus que deux exemplaires sur vélin, ceux de Saint-Victor et Léman, avec envoi contemporain de la parution et reliés à l'époque en demi-maroquin à tranches dorée, alors la fine fleur de la reliure.

 

 

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1. Chalvet 1975, cit. page 248.

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Le fait qu'une seule faute typographique ait été corrigée par Baudelaire dans l'exemplaire Saint-Victor suggère que cet exemplaire fut un des tout premiers à être offerts, car dans les autres exemplaires avec fautes corrigées, les corrections furent plus nombreuses, et Baudelaire était assez à cheval là-dessus.

 

Neuf autres exemplaires qui nous sont parvenus en reliure strictement d'époque (tous en demi-reliure) n'ont pas été reliés en maroquin : chagrin (exemplaire Thierry sur hollande, exemplaires Boyer, du Mesnil, Leconte de Lisle et de Saint-Félix sur vélin), veau (exemplaires du Picq et Veyne), basane (exemplaire Ancelle), et cuir de Russie (exemplaire About).

 

Ne sont donc connus que 15 exemplaires dont l'envoi et la reliure sont strictement de l'époque de la parution : exemplaires Delacroix, Madame Sabatier et Thierry sur hollande, et exemplaires About, Ancelle, Boyer, Marie Daubrun, du Mesnil, du Picq, Leconte de Lisle, Léman, de Saint-Félix, de Saint-Victor, Veyne, et de Watteville sur vélin. Et seuls quatre d'entre eux sont en (demi)-maroquin à tranche dorée (exemplaires Delacroix et Madame Sabatier sur hollande, et exemplaires Leman et de Saint-Victor sur vélin).

 

 

Signatures

 

Les exemplaires Fould (sur hollande), et Piétri, de Saint-Félix et de Saint-Victor (sur vélin) forment un petit groupe privilégié de seulement quatre exemplaires, parmi la totalité de ceux dont l'envoi est connu, à avoir été signé du nom complet «Charles Baudelaire». En effet, tous les autres exemplaires avec envoi que nous avons pu identifier furent signés «Ch. Baudelaire», hormis cinq exemplaires comportant seulement les initiales « C.B. » (envois à Madame Sabatier, Marie Daubrun, Hugo, et les envois tardifs à Bracquemond et Bourdilliat), et l'exemplaire de Madame Aupick signé «Charles».

 

L'exemplaire sur vélin de Paul de Saint-Victor est donc le seul de toute l'édition originale des «Fleurs» en demi-maroquin d'époque dont l'envoi ait été signé «Charles Baudelaire». En outre, Paul de Saint-Victor est le seul récipiendaire à qui Baudelaire ait dédicacé trois exemplaires des deux premières éditions des Fleurs du Mal, dont deux de l'édition originale : l'exemplaire du tirage initial sur vélin de 1857, avant l'exemplaire du tirage sur hollande, puis un exemplaire de la seconde édition augmentée de 1861 (1).

 

 

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1. Bibliothèque de feu Paul de Saint-Victor, Ch. Porquet 1882, n°472, page 76. L'envoi a été reproduit dans Carteret (I-125) et lors de la vente de la Bibliothèque Robert von Hirsch (Drouot / Ader-Picard-Tajan 12-13 juin 1978 n°53 ainsi que dans le catalogue dépliant de la Librairie Jean-Claude Vrain, Biennale des Antiquaires, Grand Palais 2014, après avoir passé par les bibliothèques Le Petit, Vandérem, Wilmerding et de Sadeleer.

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A côté de Paul de Saint-Victor, mentionnons que Marie Daubrun, Théodore de Banville, Leconte de Lisle, Victor Hugo, Edmond Texier, Frédéric Dulamon, Auguste Préault, et sans certitude Gustave Rouland (le fils) (1) furent peut-être les seuls destinataires qui reçurent un exemplaire avec envoi des deux premières éditions, les autres récipiendaires de la seconde édition, plus nombreux que ceux de l'édition originale, étant apparemment différents (2).

 

Quant au texte même des envois, nous ne le commenterons pas, nous bornant à noter qu'il est presque toujours d'une grande sobriété, et que Baudelaire semble affectionner la formule «témoignage d'amitié».

 

Notre liste reste nécessairement incomplète, et d'autres exemplaires dédicacés de l'originale des Fleurs du Mal ne manqueront pas d'apparaître lors des flux et reflux des bibliothèques, ainsi qu'au fil des découvertes, permettant de préciser le libellé des envois et les détails des exemplaires, ou même d'enrichir le répertoire des destinataires. Peut-être cet article incitera-t-il aussi des amateurs à faire part des renseignements en leur possession qui manquent à notre étude.

 

 

Achevé d'imprimer par Du Lérot, éditeur à Tusson, Charente

en janvier 2016.

 

 

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 1. Si l'on connaît son exemplaire avec envoi de l'édition de 1861 («à M. Gustave Rouland, / Témoignage d'Amitié, / Ch. Baudelaire.», suivi de la liste des poèmes condamnés et du marquage des pièces nouvelles : Très Beaux Livres du Dix-neuvième Siècle [Bibliothèque Jacques Guérin], Drouot / Ader Picard Ader 20 mars 1985 n°19, passé ensuite dans la bibliothèque du colonel Sickles), celui de l'édition de 1857 mentionné dans la lettre de Baudelaire à de Braise du 13 juin 1857 n'est pas connu. Pour compliquer, il y avait Gustave Rouland père et fils !

2. Contrairement à l'édition originale, les envois de la seconde édition furent (presque ?) tous au crayon noir.

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23/02/2017
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